CARTES POSTALES DE SHANGHAI

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————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————— Je vous ai promis une carte postale de Shanghai, il n’y en a plus ou presque et c’est compliqué, la carte postale sera donc numérique.

 Le 22 juillet dernier, j’étais à Shanghai pour voir cette éclipse avec laquelle je vous bassine depuis bien longtemps. Plus yin yang que çà, y’a pas ! J’ai bien cru que le voyage ne se ferait pas, longtemps, j’ai espéré emmener des amis, des pratiquants de tai chi, des joueurs de go, des collègues ophtalmos, mais je restais bien seule dans mon petit délire ; c’est vrai qu’aller en Chine pour autre chose que Pékin, la Grande Muraille, l’Armée enterrée, ou Guilin, çà parait farfelu, et, de plus, le voyage se prévoyait(du moins pour moi) sur une période ridiculement courte : « on va voir l’éclipse et on revient ! ». Mon fils Simon est du voyage, après l’éclipse de 1999, il sait à quel point le spectacle vaut les 12 heures d’avion pour les 9272 km qui nous séparent du rêve.

A l’arrivée à l’aéroport, le contrôle sanitaire grippe porcine est impressionnant : une caméra braquée sur la foule des voyageurs repère d’un point rouge sur le front celui qui a un peu de fièvre. Des jeunes médecins masqués vérifient les contrevenants aux 37° réglementaires. Malheur à qui a eu trop chaud dans l’avion ou a oublié de signaler une maladie. J’aurais voulu prendre la photo de cette scène surréaliste, mais je pense qu’ils auraient singulièrement manqué d’humour.

Notre hôtel est situé près du stade de foot, au nord de la ville. En face se trouve un parc, que nous partons explorer.

Pour le taichi c’est raté, seuls quelques papis et mamies font des étirements ou des exercices de base, le plus souvent ils dansent la valse, ou se groupent pour un karaoke, ou pour chanter des chants populaires ou patriotiques. Il y a aussi des musiciens, et des appareils de musculation pour adultes.

 ceci est une catapulte à papi. Sortons du parc nous y reviendrons pour l’éclipse. Je vous présente Shanghai

Vous remarquerez à gauche de la tour de la TV cet immeuble qui ressemble à un décapsuleur. Des immeubles rigolos il y en a quelques uns comme cette imitation de la tour du Mordor

 

ou cette construction où l’architecte a décidé d’arrondir les angles. Sinon, le Bund (célèbre carte postale de Shanghai) vous ne le verrez pas, il est caché par un vilain chantier et des palissades.

 

Bon alors avant de vous montrer quelques jolies photos du vieux Shanghai, je vais vous montrer ce qui a été détruit pour construire cette mégapole.

 

Quelques irréductibles cernés par les bulldozers et les gravats des maisons voisines habitent encore là .

Mais allons faire un tour dans le vieux Shanghai, celui qui fait rêver, et celui où se massent les touristes : Les alentours du jardin Yu et le jardin lui-même —-

Ici, malgré les multiples souvenirs, difficile de trouver les éventails de tai chi, que j’ai promis de rapporter. Partout nous sommes abordés par des vendeurs de Rolex. Excédés, »après avoir raté notre vie plusieurs fois » nous avons rebaptisé la très commerçante Nanjing road, en Rolex land. Les repérages dans la ville à la recherche du meilleur endroit pour observer l’éclipse, sont épuisants, la chaleur humide (38°) est étouffante.(Un point positif : le ciel est dégagé, je craignais la pollution.) Nous prenons conscience des dimensions monstrueuses de la ville que nous parcourons en métro. Tentative d’aller voir la mer : au bout de la ligne du métro, sur le plan il y avait du bleu et nous avons erré hagards dans une triste banlieue où s’accumulent containers, hangars, cheminées crachant des fumées suspectes, habitations sinistres, terrains vagues et au loin, vraiment très loin, les grues d’un port impossible à atteindre. Donc nous n’avons pas vu la mer, ni même le port, ce qui m’a bien agacée car, quand même, le caractère hai 海 de Shanghai signifie mer…en Chine bien des choses sont compliquées. Finalement une belle pelouse située dans le parc devant notre hôtel, me semble être un point d’observation correct pour « mon » éclipse. Il y a même des bancs pour se reposer(mes pieds m’ont lâchée dès le deuxième jour et je me traine lamentablement sur des coussins d’ampoules, et mes jambes me trahissent…petite forme) ; je questionne un chinois sur la possibilité de s’installer dans ce coin pour voir l’éclipse : aucun problème c’est autorisé mais il ajoute que la météo prévoit nuages et pluie le jour J. J’ai donc eu deux jours pour me préparer psychologiquement à cette déception. Ce 22 juillet nous étions là près de cette pelouse, chinois ou étrangers chasseurs d’éclipse, unis dans la même déception, massés autour de quelques télescopes inutiles, pour nous consoler, nous nous prenions mutuellement en photo ; nous n’avons vu que la tombée progressive de la nuit, puis la nuit pendant cinq minutes, avec ce silence si particulier, puis le retour à la normalité, le tout sous une pluie intermittente. L’éclipse, nous l’avons bien vue à la télé chinoise, nous avons vu les hindous avec leurs lunettes éclipse, et les quelques riches chinois qui s’étaient offert l’avion pour l’occasion. Les jours suivants ont été consacrés au tourisme, visite du musée de Shanghai et du musée d’urbanisme de la ville avec les préparatifs de l’expo universelle de 2010 et cette maquette de 40 mètres qui donne une idée de la démesure de la ville.

Voilà si le cœur vous en dit, les tickets pour l’expo étaient déjà en vente, si vous aimez la mode, les Rolex vraies ou fausses, les gadjets électroniques, la foule, mais aussi les parcs, les petits restaurants sympas, vous y trouverez votre bonheur. Mais n’y allez pas pour faire du tai chi(je pense qu’ils trouvent çà ringard) ou pour jouer au go (ils jouent aux cartes avec de l’argent).

Cette ville est tournée résolument vers l’avenir et n’a que faire des rêveurs occidentaux de mon espèce.

Heureux qui comme Ulysse etc..

This article was written by Benou