Cours de Chinois

2007 année du cochon

Comme chaque année, vous ne couperez pas à votre cours de chinois annuel. Je rappelle que le fait de lire le cours de chinois annuel augmente votre longévité (d’au moins un an). On dit qu’une vie entière ne suffit pas à maîtriser le chinois, alors soyons fous, soyons ambitieux, car, à l’allure où va ce cours, c’est vers l’immortalité que nous tendons…

Cette année, nous entrons à partir du 18 février, juste après les vietnamiens (et ne me demandez pas pourquoi) dans l’année du « cochon de feu » et ceci jusqu’au 8 février 2008.

Ayons tout d’abord une pensée rapide pour ceux qui, en Chine, doivent voir   arriver cette année du cochon avec un chouia de perplexité : ceux qui ne mangent pas de porc : pas tellement la microscopique communauté juive de Chine(ne parlons pas trop de Chine et d’Hébreux), mais plutôt les musulmans : les « Hui » assez nombreux en Chine, et les Ouïgours qui vivent à l’extrême Ouest du pays (là où la Chine touche au Pakistan…). Cette   année n’a donc rien de cachère et n’est pas hallal du tout…

Bien sûr, en Occident, le cochon symbolise goinfrerie et voracité. En gros il bouffe à tous les râteliers…du coup il devient symbole de tout plein de vilains défauts : gourmandise, luxure et ignorance. Sur ce dernier point, il semble que l’intelligence de cet animal soit très sous-estimée (dans certains exercices, il surpasse chiens ou singes).

Il est symbole d’abondance pour les Chinois et les Vietnamiens.

Une pièce d’1/4 d’euro serait bientôt frappée en France, apparemment réservée aux collectionneurs car en tirage limité. (L’extrait du Quotidien du Peuple en ligne qui donne cette information ne dit pas comment on gère ¼ d’euro dans un monnayeur, ou dans un horodateur…) Sur l’avers, un cochon gras symbole, de richesse, et de chance

Le revers représente  Jean de la Fontaine et les animaux du zodiaque chinois. (D’après la photo, le nom du fabuliste n’apparaît pas en chinois, dommage !)

Une seule fable de la Fontaine met un cochon au premier plan : le cochon, la chèvre et le mouton. Les trois animaux sont dans une charrette pour être vendus à la foire, le cochon  pressentant un coup fourré (et foireux) hurle sur tout le chemin alors que les deux autres « font dans la zénitude ». A la chèvre, on prendra son lait, au mouton, sa laine, « quant à moi, qui ne suis bon qu’à manger, ma mort est certaine », se lamente le cochon. La Fontaine conclut de façon assez discutable par « la plainte ni la peur ne changent le destin ; et le moins prévoyant est toujours le plus sage ». 

Justification des craintes du cochon de la fable…

 

Trois célèbres petits cochons états-uniens ont égayé notre enfance : essayez de vous souvenir lequel (Nifnif, Nafnaf, ou Noufnouf ?) construit la maison en paille (il était au chaume du ?), lequel choisit le bois pour un chalet tradition, et lequel utilise du béton cellulaire (Denis Parpaing ?) qui va mettre le pauvre grand méchant loup en déroute…

 

Bon, halte aux jeux de mots hyper foireux mais si tentants et passons z’aux choses sérieuses :

JIĀ, est l’un des premiers mots qu’on rencontre quand on apprend le Chinois ; çà ne veut pas dire cochon mais famille au sens large. Ce mot seul ou associé à d’autres permet de dire « chez moi », maison, il sert à désigner une profession, une spécialité, une secte.

Le caractère JIA a sa place ici car il est formé par

La clé du toit :

Avec un cochon dessous :

Ceci représente donc la famille : une maison avec un cochon à l’intérieur. (un sanglier pour certains)

Relativement facile à tracer   

Il se prononce JIA au premier ton (plat) sans bouger la voix.

 Ne rêvez pas : ce « j »ne se  prononce pas bêtement « j » .Il faut étirer les lèvres comme pour un sourire un peu exagéré en le prononçant (et espérer que votre interlocuteur chinois abrège vos souffrances en vous répondant en anglais).

Comme nous, les Chinois disposent de différents mots pour désigner le cochon. Dans   nos campagnes, les éleveurs   utilisent pour désigner leurs bêtes des   mots français que nous ignorons   complètement ; chaque mot correspond à   un certain type de cochon suivant l’âge, la destination et la race.

Mais revenons à notre 

ZHU = le cochon 

 

Il se prononce « Tchou » comme dans Atchoum ! (en traînant un peu sur le « choum ») premier ton (« ton plat »)

(Sinne nienne quoi/yle)

où Xin = nouvelle/ Nian = année/ kuai lè = joyeux)

 

 

 

    Bonheur            Prospérité             Longévité

 

 

Vous voilà donc plus riches de quelques idéogrammes.

En Chine, il est d’usage de souhaiter d’abord la richesse à ses proches…

Chez nous c’est « et surtout la santé ! »

Au décours des vœux du nouvel an « occidental » je vous souhaite une bonne et belle année du cochon, des richesses en nombre suffisant, un choix réfléchi et judicieux pour nos dirigeants à venir, la santé, bien sûr, mais aussi des découvertes, des nouveautés, des films qui marquent, des livres qu’on garde, des œuvres qui émeuvent, des musiques qui rendent heureux et toutes ces choses qui rendent plus douce la vie.

Bonne année à tous

Bien cordialement

PABK

Paule-Annick Ben Kemoun

Baugé, 30 janvier 2007

 

Bibliographie

 

-Joël Bellassem Méthode d’initiation à la langue et à l’écriture chinoise (la compagnie)

-Wang HongYuan : aux sources de l’écriture chinoise

-Dictionnaire français de la langue chinoise institut Ricci Kuangchi press 1976

-petit dictionnaire français-chinois  librairie You Feng

-Quotidien du Peuple en ligne

-Dico de la contrepèterie ; Joël Martin

-La Fontaine : Fables (présentées par Alain-Marie Bassy) (Garnier Flammarion)

 Jetez y un œil, écoutez, çà vous changera du « troll » (langage SMS)

 

Livre VIII, fable XII

LE COCHON, LA CHEVRE ET LE MOUTON

Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,

Montés sur même char s’en allaient à la foire :

Leur divertissement ne les y portait pas ;

On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire :

Le Charton n’avait pas dessein

De les mener voir Tabarin,

Dom Pourceau criait en chemin

Comme s’il avait eu cent Bouchers à ses trousses.

C’était une clameur à rendre les gens sourds :

Les autres animaux, créatures plus douces,

Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ;

Ils ne voyaient nul mal à craindre.

Le Charton dit au Porc : « qu’as-tu tant à te plaindre ?

Tu nous étourdis tous, que ne te tiens tu coi ?

Ces deux personnes-ci plus honnêtes que toi,

Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire.

Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?

Il est sage. –Il est un sot,

Repartit le Cochon : s’il savait son affaire,

Il crierait comme moi du haut de son gosier,

Et cette autre personne honnête

Crierait tout du haut de sa tête.

Ils pensent qu’on les veut seulement décharger

La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.

Je ne sais pas s’ils ont raison ;

Mais quant à moi, qui ne suis bon

Qu’à manger, ma mort est certaine.

Adieu mon toit et ma maison.

Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :

Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,

La plainte ni la peur ne changent le destin ;

Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

   Jean de La Fontaine